23/05/2019

Famille Gris

C’était vendredi pendant mes vacances. J’étais à la gare de Petite-Ville-du-Sud, j’attendais Artémis qui arrivait par le train de 20 h 10. Cela m’amusait, c’est la même ligne que Paris-Petite-Ville-du-Suf, celle que j’ai emprunté si souvent, et je ne compte pas le nombre de fois où je viens chercher un membre de la tribu pendant l’été. Mais Artémis ne vient pas de Paris, elle n’a qu’une heure de trajet.

Je suis sur le parking, je reste dans ma voiture. Il ne fait pas chaud, malgré le soleil derrière les vitres, je préfère écouter la musique. Et puis il y a des panneaux qui indiquent que le parking de la gare est payant 24 h sur 24, je ne paye jamais, mais au cas où un grand méchant vienne me verbaliser, autant que je sois au volant prête à partir.

J’observe une famille que j’ai surnommée le famille Gris dans ma tête. Le père la quarantaine bedonnant porte un jean’s gris, un tee-shirt gris, des baskets. Son ventre déborde sur la ceinture. Il est sorti de sa voiture et parle très fort au téléphone, il n’a pas l’accent du Sud. La mère porte un jean’s gris, un tee-shirt gris des baskets. Elle aussi est plutôt rondouillette, elle a les cheveux longs, pas très nets, attachés en queue de cheval. Bien que l’homme ne soit pas spécialement élégant, elle fait beaucoup plus négligée que lui. Il y a un garçon, il doit avoir douze ans, cheveux blonds, coupe moderne, très beau, il a tee-shirt blanc à motif, des écouteurs dans les oreilles, il n’échappe pas au gris non plus avec son jean’s gris. La petite fille je la remarque moins, elle est habillée de couleur, pas de gris, elle est absorbée par un jeu sur son téléphone. Ils sont tous sortis d’un énorme SUV gris qui a l’air neuf. Je me demande toujours comment font les gens pour avoir des voitures tout droit sorties de l’usine, la peinture à peine sèche, même si ils semblent modestes. Cela dit, je ne pense pas forcément que la famille Gris est modestes, j’ai entendu l’homme parler, il parle ” bizness”. Je pense qu’ils sont en vacances. Ils sont passés devant ma voiture et se sont rapprochés de la fontaine. Les enfants s’y assoient. La mère s’y assoit parfois, le père a fini de parler au téléphone. Parfois il y en a un qui retourne à la voiture. Je suppose qu’eux non plus n’ont pas mis de pièce dans l’horodateur. Je me demande qui ils attendent. La grand-mère habillée en gris ? Un ami du fils habillé en gris ?

Une femme perchée sur des talons sort de sa voiture et avance d’un pas rapide vers la gare. Elle est très colorée. Veste rouge, jupe bleue, bijoux, chaussures vernies.

La famille Gris attend quelqu’un qui arrive par le train de 20 H. Le train qui vient de Grande-Ville-du-Sud. Des gens sortent de la gare, des voitures s’arrêtent devant, il y a même un taxi. Cela me rappelle la seule fois où j’avais du prendre un taxi pour aller à la Sauvageonne, cela m’avait coûté 50 € pour faire 16 kilomètres. Aujourd’hui c’est 70 €, vivement Hubert…

J’ai perdu de vue la famille Gris. Je les vois revenir d’un pas rapide, ils sont accompagnés d’un jeune homme, plus âgé que le garçon blond, le genre très sérieux, il a des lunettes, il porte un sac à dos lourd, une petite valise. Il est habillé en bleu, OUF ! Peut-être qu’il est en pension à Grande-Ville-du-Sud, dans ce cas je me suis trompée et la famille Gris n’est pas en vacances, même si le père a l’accent parisien… Mais est-ce qu’une famille au grand complet vient chercher un pensionnaire qui rentre toutes les semaines ? Sait-on jamais, ils ont peut-être prévu une sortie dans un resto gris. Ou le sac à dos n’est pas un cartable, fils aîné était chez un copain et rejoint sa famille. C’est fini les vacances scolaires non ? Oui toutes les zones, je crois, je suis vraiment perdue depuis que mes filles ont quitté l’école. La famille Gris, plutôt nonchalante jusque là, marche très vite jusqu’à la voiture en passant devant moi.  Le SUV gris quitte la gare.

Un ado attend avec son sac à dos près de le fontaine. C’est long, il se balance d’un pied sur l’autre. Pas sympa les parents, sauf castastrophe naturelle, je ne laisserai pas poireauter mes filles ou n’importe qui que je viens chercher. Finalement une voiture arrive et emmène le garçon, c’est le père qui est au volant.

Je sors de ma voiture, je rentre dans la gare. La femme élégante est toujours là. De près elle est assez agée, et même très ridée. Elle a un décolleté, pas un décolleté osé non, mais le cou dégagé, elle doit avoir froid. Elle porte un lourd collier d’or, elle est très maquillée. J’imagine que beaucoup de gens la trouverait trop endimanchée, trop apprêtée pour son âge, mais moi j’aime les couleurs, pas le tout gris, j’aime les gens qui prennent soin d’eux et j’aime la fantaisie. Un peu de couleur dans un monde souvent gris. Je me demande qui elle attend. Je l’appelle la dame dorée.

Je suis sur le quai quand le train arrive, la dame dorée aussi. Comme d’habitude Artémis est dans le dernier wagon, celui de queue, tout au bout. Chaque fois que je vais chercher quelqu’un à Petite-Ville-du-Sud, c’est la personne qui sort en dernier ou presque. La dame dorée attendait son mari qui est dans les derniers aussi. De loin je repère Artémis tout au bout du bâtiment de la gare. Elle me fait un signe de la main m’indiquant sa gauche. Je comprends, elle va prendre cette sortie.Je sors en passant par la gare, la dame dorée et son mari, guère pressés sont en train de s’embrasser, je trouve ça très touchant.

Je rejoins Artémis et je comprends pourquoi elle a voulu sortir si vite, elle a déjà une cigarette à la main.

Dans la voiture je lui raconte en souriant le contraste entre la famille Gris et la dame dorée mais ce n’est pas facile à raconter à l’oral.

18/05/2019

Mai 2019

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