vendredi 21 novembre 2014

Réflexions#3

bazar.JPG

Quand je vois des femmes se maquiller dans le train, je me dis toujours qu’elles ne doivent pas avoir de salle de bains chez elles.

Et j’ai du mal à comprendre cette impudeur.

Le matin quand j’arrive à Paris, je croise une jeune fille. Elle doit habiter le quartier et se rend à la gare que je viens de quitter. Je l’appelle la fille orange. Elle est assez forte et toujours bien habillée avec des tons orange. Manteau orange, ou manteau beige avec écharpe orange. Selon l’endroit où je la croise je sais si je suis en avance, en retard, pile à l’heure.

J’ai raté la photo du mois. Ce n’était pas volontaire mais c’est un acte manqué. Les thèmes m’inspiraient de moins en moins et je n’aime pas les contraintes.

Et puis comme d’habitude, ça n’apporte pas de nouveaux lecteurs, ce qui serait bien, mais beaucoup de spams, ce qui est moins bien.

Je me demande si la télé réalité n’est pas une façon déguisée d’autoriser, voire d’encourager à dire du mal de son prochain en toute impunité. Souvenez-vous le premier loft, la pièce où l’on disait du mal des autres, s’appelait “confessionnal”.
Des prêtres se sont insurgés contre cette dénomination : nous n’avons déjà pas bonne presse, alors si on nomme ainsi une pièce où on vient dire du mal des autres !

La dénomination a disparu pour de bons par la suite.
Mais vous êtes autorisés à critiquer vos hôtes dans la salle de bains ou la chambre d’hôtes, vos copines dans le dressing, et plus vous osez plus vous faites monter l’audimat.

J’ai oublié un mot dans le langage désuet de Martine, je l’ai rajouté dans le billet : pommes chips.

Les fausses économies aux toilettes : papier tellement mince qu’on en prend deux fois plus, chasse d’eau avec très peu d’eau, du coup on l’actionne deux fois.

Quand j’étais jeune fille, Martine disait à ses filles : c’est bien de passer beaucoup de temps dans la salle de bains à vous faire belles ! Parce que, lorsque vous serez mariées, il en restera toujours quelque chose, vous aurez moins de temps, mais il en restera quelque chose.
“mariées” sous entend bien sûr : enfants, famille à gérer.

Cela ne me choquait pas à l’époque, mais j’imagine la tronche de mes filles si je leur disais la même chose ! Elles me répondraient aussi sec :
- ça prouve bien qu’avoir des gosses, c’est la fin de la vie !

jeudi 20 novembre 2014

Narcisse

narcisse.jpg

J’appelle souvent Artémis : Narcisse. Elle me fait rire avec sa façon d’adorer les miroirs. D’ailleurs elle le dit elle-même, je suis narcissique.

Quand mes filles étaient petites, je leur racontais des histoires de la mythologie grecque. C’est la raison pour laquelle elles ont toutes les deux des surnoms (et pseudos bloguesques) tirés de la mythologie.

Un jour elles ont fait un test sur Face de bouc, quelle déesse te correspond, Athéna est tombée sur Athéna et Artémis sur Artémis. J’ai choisi des surnoms qui leur vont comme des gants. 

Je me souviens qu’un jour, du temps où Jérémy habitait encore Petite Colline et Artémis chez sa maman. Il passait du temps au téléphone, et à un moment, Jérémy dit à sa chérie : tu fais quoi là ? Tu te regardes dans la glace ? Bien vu.

Cela dit, je taquine, je taquine, mais je préfère cent fois cela à des complexes inventés.

Il y a une période Narcisse, je dis aussi souvent : oui à cet âge là on est égocentrique, mais ce n’est pas la même chose. Cette période a été plus courte pour Athéna et peut-être moins flagrane.

J’ai honte de le dire, en fait non je m’en moque, mais j’ai été Narcisse il y a quelques années. Camomille riait en regardant une photo d’Athéna posant en bikini au bord de la piscine et me la montrait : ça ne te rappelle rien ? La même 20 ans plus tôt ?
Il est vrai que quand on aime la photo, commence bien souvent par être d’un côté de l’objectif… Avant de préférer l’autre côté !

Mais ce n’est pas du tout dans ce domaine que j’étais Narcisse.

Quand j’étais jeune fille, contrairement à d’autres, j’ai toujours aimé mon corps. Cela ne signifie pas que je le trouvais sans défauts, ni que je n’avais pas de complexes, mais voilà c’était comme ça.

Un jour toute jeune fille découvre avec une grande euphorie qu’elle plait, MIRACLE, ALLÉLUIA. Elle peut séduire, elle séduit !

Quand j’ai commencé à me rouler dans l’herbe. J’avais ressenti cela. Je me regardais dans le miroir, un miroir qui n’existait pas. Je me regardais dans cette posture ou dans une autre. Je me regardais à travers son regard. L’autre n’était là que pour me rendre hommage, c’était moi que je regardais.

Lorsque soudain je me surprenais en flagrant délit : je suis Narcisse !
Et je n’aimais pas ça du tout ! Je sentais bien que je n’étais pas là pour partager, pour vivre un moment de communion et d’échange. Même si être Narcisse faisait un bien fou à l’égo et au moral, dès que je m’en rendais compte, je mettais fin à la relation.
Je n’aimais pas ça, ce n’était pas ce que je voulais.

Un jour toute jeune fille découvre qu’elle plait. Cette époque dure plus ou moins longtemps, pour certaines elles ne s’arrête jamais.

Cela ne dure pas parce qu’on grandit, qu’un jour c’est un fait acquis. Puis on trouve celui à qui on veut plaire, ou qu’on a autre chose à faire dans la vie que se regarder le nombril.

vendredi 14 novembre 2014

Réflexions#2

atmos.jpg

À côté de chez moi s’est ouvert un cabinet d’esthétique, nommé Atmosphère !
Pas très commercial comme nom ! Chaque fois que je passe devant, je pense :
Atmosphère, atmosphère est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ?

Mais bon je suis sûrement la seule à avoir ce genre de référence ! La gentille dame qui a ouvert la boutique se demanderait bien de quoi je cause.

Je n’irai pas voir le film ” 50 nuances de Grey “.
Parce que le Christian que j’ai imaginé est beaucoup plus sexy, de plus il a réellement les yeux gris. En règle générale, je n’aime pas voir les films des livres que j’ai aimé (vous me suivez) aucun acteur ne vaut ceux mon cinéma perso et puis je n’aime pas qu’on zippe l’histoire pour que ça tienne en une heure.

Je trouve qu’on vulgarise tout bêtement ! On met à la portée du grand public ce qui était une œuvre d’art au départ (là je ne parle plus de 50 nuances, vous me suivez).
Ça me rappelle une réflexion d’ado dans une série : j’ai un exposé à faire sur Madame Bovary, mais la vidéo n’est pas au vidéo club ! 

Quand tout est gris, quand je broie du noir plusieurs jours d’affilé, en partant le matin, j’écoute ma playlist latino.
Mon ciel d’un seul coup devient d’un bleu pur ! Je me rappelle que la musique et la danse : OUF ! Heureusement que ça existe !

Je trouve que ça ne donne pas l’air très intelligent la clope électronique ! Les gens la garde scotchée au bec comme la pipe de Chère Loque Ole Messe

J’ai vu une vidéo sur Face de Bouc. Panne au bord de la route, Monsieur change un pneu, madame se débat avec le triangle, qu’elle essaye de déplier (je ris en me rappelant que j’étais pareille cet été). Puis au final, elle soulève sa jupe : un triangle, c’est un triangle !

Il faudrait en parler à la dame de chez Atmosphère : has been le ticket de métro, au moins le triangle peut dépanner !

J’aime bien ces nouveaux billets réflexions en vrac ! Pas vous ? Ah bon!

Référence à une chanson de Renaud

mardi 11 novembre 2014

Le gouffre

argent.PNG

Je ne suis pas envieuse. Pourquoi je ne sais pas, peut-être parce que je suis d’un naturel optimiste, que je me contente de ce que j’ai, je sais que rien n’est jamais acquis et je sais faire la part des choses, comme beaucoup d’entre nous.

Exemple Roger envie Charles-Edouard qui vient de s’acheter une belle voiture, puis après coup se dit : oui mais il n’est pas plus heureux pour autant, son couple bat de l’aile, j’ai la chance d’avoir une famille unie, etc..

Personne n’est parfait et on peut à un moment ou à un autre, être envieux l’espace d’un instant. Mais la part des choses, je la fais rapidement.

Certaines envient le physique d’une autre. Je m’en moque complètement, avec le temps je me suis habituée à mon enveloppe charnelle et puis je suis en bonne santé.

Certains envient la réussite de l’autre, son poste à la droite du directeur. Alors là je suis encore moins concernée je ne suis pas carriériste pour deux sous et je me moque complètement de me mettre en valeur.

D’autres envient les diplômes, la faconde, les relations. Pfft ! Ça me fatigue tout ça, rien que d’y penser !

Mais il reste le plus grand des tabous, celui que j’ai effleuré en parlant de la voiture plus haut : l’argent.

Là j’avoue aussi je me sens peu concernée. J’aimerais bien un peu plus d’argent à la fin du mois (ou que les fins de mois commencent moins tôt) mais je n’ai pas envie d’être riche. Une maison immense ? Ouh là là tout le ménage à faire ! Quoi un jardinier, une femme de ménage ? Ouh la la ça devient une entreprise avec des employés à gérer !
Une belle voiture ? Je passerai mon temps à avoir peur de la rayer, ou qu’on me la vole !

Bon bref je ne suis pas envieuse, mais ce n’est pas de cela dont je voulais parler, mais du gouffre, dont je prends conscience en prenant de l’âge (beurk)

Quand j’étais jeune fille, mes parents allaient de temps en temps dîner chez des amis d’enfance de mon père. Les amis d’Eugène avaient tous fait des écoles d’ingénieur (payantes) alors qu’Eugène s’était contenté de la fac de droit.

Quand mes parents revenaient de ces dîners Martine disait :

- On ne sent pas à l’aise. Ils parlent de leur maisons sur la côte d’Azur, Marc a acheté un yacht, Christian revend des terrains qui valent une fortune, Jean-Louis parle de ses actions en bourse ! Qu’est ce que tu veux qu’on raconte ? L’argent ça créé un gouffre !

À l’époque, je ne comprenais pas et je les “rabrouais” :
- Mais enfin si ils vous invitent c’est qu’ils vous aiment bien ! Vous n’avez pas de complexes à avoir, vous vous rabaissez !

Le fait que mes parents aient toujours eu tendance à être trop modestes est une vérité, pourtant maintenant je les comprends mieux !

Car moi aussi je ressens ce gouffre, y compris avec mes frères et sœurs.

Quand on me dit : regarde j’ai fait des travaux, j’ai repeint tout le salon !
Ah oui magnifique !
…mais je ne peux m’empêcher de penser que j’hésite à appeler le plombier pour ma fuite à la chasse d’eau, de peur d’une facture trop salée.

Nous avons acheté une petite voiture pour que la petite fasse la conduite accompagnée.
Et je me rappelle du drame que ça a été pour moi cet été de percuter un sanglier. Un drame parce que je n’avais pas d’argent pour me racheter une voiture !

On pourrait penser que ce n’est pas l’argent le gouffre, mais le manque de centres d’intérêt en commun ?

Pas vraiment : par exemple, tous voyagent régulièrement. Les voyages, j’aime ça, j’adore, j’en rêve !
Ils sont tous allés à New York et se disent : tu as vu ça, tu te rappelles de ça ?

Moi j’aimerais bien aller à New York , mais je ne peux pas. Et bien sûr je ne le dis pas, car dans ce cas on me répondra : tu devrais faire tes économies…

Je me rappelle la fois où j’avais dit que je préférais ne pas venir à l’anniversaire d’un neveu parce que je n’avais pas les moyens de faire un cadeau (en réalité une participation à la cagnotte) et on m’avait répondu : pas grave, tu ne mettras que 20 € !
Sauf que oui, je pourrais, mais j’en ai besoin pour autre chose…

La crise frappe tout le monde, y compris les salaires moyens. Dans ma tribu on me dit souvent : maintenant que tu n’as plus tes filles.
D’où vient cet étrange calcul ? Athéna est partie depuis des années, quand à Artémis, partie depuis un an, je la nourrissais certes, mais il y avait longtemps qu’elle se payait elle-même tout le reste. Bien sûr je fais des petits cadeaux à mes filles, comme tous les parents, mais d’où vient cette idée que mes dépenses auraient diminué de moitié ?

Je parle de la famille, mais il n’y a pas que là que je ressens le gouffre.
Certaines relations, certains collègues ne se rendent même pas compte de ce qu’ils disent : tiens j’ai acheté ça, c’est pas cher !
Il y a aussi ceux qui vous donnent de supers conseils : pourquoi tu ne ferais pas ça, sans se rendre compte que l’addition est un peu lourde.

Peut-être cela vient-il du fait que je ne me plains jamais.
Je préfère parler de choses gaies que de choses tristes, et puis j’entends suffisamment Martine ! Chaque fois que je vais la voir, j’ai droit aux même rengaines :
Mes impôts ont doublé, tu as vu ce qu’on paye comme gaz, et le prix de la viande, une fois que j’ai payé tout ce je dois, il ne me reste que…

Ah non merci ! Je n’ai pas envie de devenir comme  ça et de ne parler que de ça !

Oui maintenant je comprends ce que Martine voulait dire à l’époque des dîners avec les amis d’enfance. Ce n’est pas que les gens soient méchants, méprisants ou aveugles, c’est qu’ils parlent de leur préoccupation et ne se rendent même pas compte que tout le monde ne vit pas comme eux !

Je préfère cent fois parler culture, parle de choses intéressantes, mais c’est rare.

Et je me dis qu’au moins il n’y a pas de gouffre avec mes propres amis ! Si je leur dis je n’ai pas pu réparer la chasse d’eau, ils rient et passent à autre chose. Quand un d’entre nous a du mal à finir le mois, on propose du covoiturage pour économiser l’essence et on boit un coca au lieu d’un mojito en attendant des jours meilleurs…

Pas de gouffre.

mercredi 5 novembre 2014

Langage désuet

desuet.PNG

Martine me fait toujours rire, parce qu’elle a des expressions un peu désuètes. Soit parce que l’expression en elle même est démodée, soit parce qu’elle a du mal à la prononcer, des mots qui sont arrivés tard dans sa vie ou des mots anglais.

Mes deux grand mères étaient pas mal dans leur genre aussi.

Mme Courbette qui disait que c’était très difficile à prononcer “déodorant” et qui préférait dire “désodorisant ” !

Quand à Jeanne elle a toujours eu des problèmes avec les mots anglais : un bout jean’s, une bouête de nuit !

Mais revenons à Martine :

Une bande de paye… Ne riez pas, j’ai vraiment connu les “bandes de paye”

Édéheffe (EDF)

Un scotère (scooter)

Un interro-solde (le mini relevé de compte que donne le distributeur de billet)

La première, la 2, la 3

Un rechargeur de batterie

Des water

Des pommes chips

lundi 3 novembre 2014

Réflexions

Je n’ai jamais acheté l’alcotest obligatoire pour la voiture. J’ai bien fait !

Quand j’entends un ascenseur qui parle : Rez de Chaussée, Premier étage, j’ai toujours envie de dire : Salut premier étage comment ça va ?

En revanche je n’ai jamais envie de parler à mon GPS

Il m’arrive souvent de mettre des chaussettes avec mes jupes longues, surtout quand il ne fait pas encore assez froid pour mettre un collant

Si en voiture je me retrouve derrière le camion des éboueurs, je ne rale pas, je ne klaxonne pas, je n’essaye pas de passer en force quitte à bloquer la circulation, j’attends tranquillement le moment où je pourrais doubler, et je ris de voir les autres derrière moi virer au rouge pivoine !

J’aime me lever le samedi matin quand je sais que je n’ai aucune corvée de prévue du style : aller à la poste, passer chez le cordonnier.

J’aime retirer mes mules pour marcher pieds nus dans l’herbe, même l’hiver

Je préfère cent fois manger seule le midi à la cantine que de subir une conversation ennuyeuse

Je cogite tout le temps, tout le temps. Je me torture souvent et parfois j’aimerai qu’on m’ampute le cerveau, non pas le coeur, même si il est souvent au centre de mes cogitations, non le cerveau !


samedi 1 novembre 2014

Astérix le gaulois

asterix.jpg

Souvenez-vous j’avais parlé des gens qui parlaient de leur origine par quart : Un quart par ci, un quart par là 

Est-ce la crise qui veut ça ?  Il semble que cela devient très important de savoir d’où nous venons.

Un soir je dansais dans un bar latino, qui sont devenus des incontournables, et d’ailleurs pourquoi on ne dit pas latin ?

Et sans doute à gauche de mon déhanché affriolant (Hihi) un danseur me dit : vous êtes latina ?

J’ai envie de rire et je réponds : nous sommes tous latins, non ?

Il n’a pas l’air de comprendre, si j’étais en Allemagne nous serions germanique, mais on est pas là pour philosopher, bref je préfère dire que je suis née ici.

Mais ce n’est pas le sujet de ce billet, je sais, je sais !

Un autre soir, toujours dans un bar latino, un homme bronzé à dreadlocks me demande :

- Vous êtes brésilienne ?

Bizarre, on ne m’avait jamais demandé ça, je jette un œil aux affiches, si ça se trouve c’est une soirée brésilienne, mais non ! 

Je réponds, non pas du tout, je suis française.

- Oui mais de quel origine ?

En général quand on me demande ça, ce n’est sûrement pas mon côté normand qui intéresse, donc je réponds : La Réunion.

- Gauloise donc ! 

- Euh… oui… 

Le mot me surprend. Je tique encore en l’entendant même si je sais que ce n’est la mode de l’employer en dehors d’Astérix et de nos ancêtres les gaulois. 

Après, l’homme a disparu,  sûrement convaincu que je ne suis pas intéressante ! Il parait, enfin c’est ce que j’ai lu, que ce mot pourrait être prononcé avec un petit ton méprisant.

Un soir en septembre, j’étais invitée chez une amie avec d’autres amis. Elle est d’origine espagnole, née en France. J’arrive la première bientôt suivie de deux copains que je connais bien.

Notre hôte nous parle des amuse bouche pour l’apéro et nous dit : ça c’est très épicé, j’ai pensé à vous les gaulois vous n’allez pas aimer !

Je suis surprise. Les gaulois ? C’est qui ? Ah c’est nous trois ?

Qu’avons nous de commun avec Astérix et Obélix ? Et pour moi elle est aussi française que moi !

Je réfléchis, car oui il faut que je réfléchisse à ce que nous trois nous pourrions avoir de différent des autres, car je ne vois pas.

Ben oui moi je suis une grande rêveuse, je m’en fous des quarts, des moitiés, de la gaule, à part celle du matin qui m’intéresse.

Les autres invités arrivent. Une amie est d’origine marocaine, un autre est antillais, un autre est chinois et enfin un couple de colombiens. Oui je sais ça fait auberge espagnole mais le monde des danses latines est comme ça.
Les colombiens sont les seuls à avoir un accent et à vivre en France depuis moins de 10 ans. 

Mais comme je l’ai dit, c’est en entendant le mot de “gaulois” et en comprenant que ça s’adressait à nous trois que j’ai du réfléchir ! Parce que moi je m’en fous complètement que les gens soient marron, porcelaine, jaune citron, vert amande qu’ils soient un quart corse et un demi vendéen ! Ce sont des amis avec qui je passe de bons moments, point barre !

Plusieurs fois dans la soirée revient ce mot de gaulois, les gaulois ne vont pas aimer, ce n’est pas pour les gaulois. Ça m’agace un peu d’autant que je ne vois pas pourquoi une “gauloise” c’est à dire comme moi blonde à la peau très claire avec de grandes tresses et une jupe à rayures n’aimerait pas les plats épicés !

Bizarre comme réaction. Au pire si je reçois je vais dire : tu aimes ceci ou tu préfères cela ?

Je finis par dire, ben oui tu aurais du prévoir des sangliers rôtis !

Les deux autres soi disant “gaulois” ne font même pas attention.

Encore un mot à la mode qui m’énerve ! Et un !

lundi 27 octobre 2014

Solitude

19 h 06

Je ne sais pas si ça arrive à tout le monde, mais ce soir ça m’arrive à moi. Il y a des soirs comme ça.

La plupart des soirées, des jours de travail se ressemblent. Ceux où je ressors pour mes cours de danse et où je suis contente de sortir. Ceux où je ne sors pas et je suis bien contente de ne pas avoir à ressortir et contente de passer une “ soirée série” ou lecture.

Et puis il y a les soirs comme ce soir. Je suis rentrée tôt. Il fait déjà nuit. J’ai donné à manger à mon chat, je me suis changée, j’ai fermé les volets, allumé mon pc et mis en route une série car il est encore trop tôt pour les infos.

Et puis tout à coup j’ai regardé l’heure, et j’ai arrêté la télé.

Il est tôt.

Je me sens terriblement seule. Cela fait combien d’années que je suis seule ? Des siècles ! Je ne compte même plus. Toutes ces années de solitude, puis les quelques années de mariage. Les années avec mes filles, où je n’étais pas seule, mais seule quand même.

Et combien de temps encore ? Je pense à Martine qui ose se plaindre de sa solitude ! Comment ose t-elle ? Mon père est mort depuis 10 ans, 10 ans de solitude qu’est ce que c’est ? Elle venait d’une famille nombreuse, puis elle a été en couple, toute sa vie. Bien sûr il y a eu les enfants, les enfants sont toujours là et seront là d’une manière ou d’une autre, mais ce n’est pas pareil.
Mais elle  n’a jamais été seule. Elle a connu un nombre impressionnant d’années de mariage, plus que je n’en connaîtrais jamais, il est trop tard pour moi.

Je ne veux pas dire que le mariage c’est la vie en rose, je ne suis pas naïve non plus.

Tout à coup je donnerais n’importe quoi pour que quelqu’un m’appelle. Les petits, Artémis et Jérémy sont partis en vacances depuis deux semaines. Pourtant Jérémy m’a appelée juste quand je suis arrivée à la maison, j’ai échangé des méls avec Athéna aujourd’hui.

Mais j’étouffe soudain.

J’ai envie de remettre mes chaussures et d’aller marcher un peu dans la ville. Mais non pas le courage. J’ouvre la porte et je sors dans le jardin.

Il y a des moments où les années à venir me semblent insurmontables. Moi l’éternelle optimiste, moi qui passe mon temps à rêver, qui ai toujours des idées de vacances, toujours envie d’acheter le dernier apn ou le dernier pc.

Même Athéna disait récemment à Martine : maman quand elle ne va pas bien, ça ne dure jamais bien longtemps ! Elle a déprimé un instant à cause de sa voiture, elle en a une nouvelle et là voilà repartie !

Mais personne ne sait rien de ces soirs là. Non je ne vais pas appeler mes filles, je ne vais pas les inquiéter. Et puis une fois sur deux elles sont sur répondeur, et puis que pourraient-elles faire pour moi ? À part me dire : allez courage ma petite mère !

Non je ne vais pas appeler Martine. Elle s’inquiète tout le temps, pour un oui ou pour un non, et puis elle me proposerait de venir la voir, et le remède serait pire que le mal. Je trouve sinistre son studio, triste, sombre, et même si je fais tout pour égayer l’atmosphère, je me lasse vite de l’entendre se plaindre… jamais gaie ou si rarement !

Non je ne suis pas si seule, j’ai des amis, j’ai d’ailleurs passé une bonne soirée samedi. Et je dis toujours que je suis heureuse d’avoir deux cours de danse par semaine, même si parfois, surtout l’hiver, c’est dur de se bouger, une fois que j’y suis, je suis heureuse de danser, de papoter, de vivre quoi ! Tous les célibataires le disent, parfois il faut se pousser aux fesses pour bouger, mais une fois qu’on y est, ça fait du bien.

Je pense quelquefois à la chanson : m’étendre sur l’asphalte et me laisser mourir. Parce que parfois j’ai l’impression de ne plus attendre grand-chose, de ne plus avoir grand-chose à attendre de la vie.

Mes filles sont amoureuses, elles sont en couple. Quelle chance ! Une chance que je n’ai jamais eu à leur âge.

Elles ont encore besoin de moi ? Oui peut être, mais bon.

Un jour ou l’autre, maman va quitter ce monde. Ce sera terrible de perdre la seule personne qui se soucie réellement de moi.

Ma tribu ? Je n’ai guère d’illusion là-dessus. Je connais leur qualités, et je ne me plains pas plus que ça, dans l’ensemble nous sommes liés, jamais fâchés.
Mais je doute qu’ils me rendent beaucoup de visites ni ne m’invitent ! D’ailleurs à part pour les fêtes de famille, jamais personne ne me dit : viens diner ce soir ! Alors que nous habitons des villes voisines. Pourtant une personne seule c’est pas comme si on devait cuisiner pour 12 !

Si un jour par miracle je devais vivre avec un homme, je deviendrai intéressante, on nous inviterait à dîner, j’en mettrai ma main au feu !

Athéna me dit souvent qu’elle leur en veut, surtout que moi je considère toujours ma tribu comme un pilier. Malgré mes désillusions, je souffre encore à cause d’eux. Il n’y a guère qu’avec Servane que j’ai une relation “ normale ” on s’écrit tous les jours, on partage des choses, nous sommes différentes mais nous avons les mêmes valeurs.

Mais le jour où Martine ne sera plus là, le pilier, le chaînon qui nous relie, il n’y aura plus rien, plus grand-chose !

Et pas la peine que pour enfoncer le clou, je pense à la succession et à l’obligation de vendre la Sauvageonne que je ne pourrais pas racheter. Alors là, si j’imagine cela, si j’imagine des étés où je ne saurai pas où aller, je n’ai qu’une envie, me rouler en boule et attendre la fin. Sans compter que mes filles souffriront terriblement et m’en voudront.

Appeler quelqu’un mais qui ? J’ai fini par me lasser de parler à qui n’écoute pas. Ce n’est pas que les gens n’écoutent pas, c’est juste que parfois on voudrait juste être comprise. Parfois on aimerait entendre un mot magique, entendre une phrase réconfortante. Juste un peu d’empathie, juste ça !

Artémis et Jérémy parlent de partir vivre dans le Sud. Mais j’habite en Ile de France, MERZUT ! Ce n’est pas comme si j’habitais à ploumenzec les deux églises !

Il y a tout ce qu’il faut ici ! Les transports, les magasins, les cinémas, les restos, les lumières la nuit ! 
Pourquoi mes filles veulent elles habiter la campagne, alors que nous sommes des citadines ?

Je ne leur demande pas d’habiter à côte de chez moi, mais pourquoi partir si loin ?

Tout ce que je voulais c’était une famille. Je rêvais de dimanche où je les recevrais tous, je rêvais de Noël, mais c’est la croix et la bannière pour être tous là en même temps ! J’ai parfois l’impression de mendier, et je vais finir par détester Noël ! Alors que mes filles m’ont dit si souvent qu’il n’y a que chez moi, chez nous avec moi que Noël est réussi ! Un comble !
Hé oui je me moque bien d’être une femme célibataire qui a un amant caché si j’ai tout ça, si je peux vivre en famille le dimanche !

Avec les petits nous décidons parfois de commander une pizza chez eux ou chez moi. Souvent je passe chez eux dire bonjour ou apporter quelque chose. Même si on ne se voit pas pendant une semaine, je sais qu’ils sont tout près.

Ils sont déjà partis un an vivre à Petite Colline. Je sais ce que c’est quand mes deux filles sont loin. Morne, triste, long.

Jérémy voudrait que je déménage, que j’aille habiter Grande Ville du Sud. Mais d’une part ce n’est pas possible et d’autre part, je n’ai aucune envie de repartir de zéro dans une ville où je ne connais personne, où je serai encore plus seule qu’ici.

Il me reste encore quelques réserves de larmes pour les soirs comme ce soir. Mon Dieu que la vie est longue !

Et pourtant parfois j’ai peur qu’elle ne soit trop courte ! Mais pas les soirs comme ce soir.

- page 1 de 184